Aliments ultra transformés : Pourquoi on en parle ?

Vous avez sûrement entendu parler des aliments ultra-transformés ces dernières semaines. Que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou à l’Assemblée nationale, le sujet est partout. Entre la publication de trois nouvelles études de l’Inserm en mai 2026 et les débats qui émergent au Parlement, ces produits occupent plus que jamais le devant de la scène.
Une prise de conscience collective de leurs effets potentiels sur la santé semble enfin voir le jour. Et c’est tant mieux !
C’est quoi, un aliment ultra-transformé ?
Tout part de la classification NOVA, développée en 2009 par le Professeur Carlos Monteiro et son équipe à l’Université de São Paulo. NOVA divise les aliments en quatre groupes selon leur degré de transformation industrielle, et non selon leur composition nutritionnelle.

Ce sont ces derniers qui posent problème. Le groupe 4 désigne des produits qui ne ressemblent plus vraiment à des aliments dans leur état naturel : ce sont des formulations industrielles construites à partir d’ingrédients extraits ou synthétisés, conçus pour être bon marché, hyper-palatables et à longue conservation.
Concrètement : un yaourt nature est NOVA 1, un yaourt aromatisé avec des additifs cosmétiques devient NOVA 4. Ou un pain de mie industriel avec émulsifiants et correcteurs d’acidité : NOVA 4.
La méthode d’identification est simple : on regarde la liste des ingrédients. La présence d’ingrédients non culinaires (protéines hydrolysées, sirop de glucose-fructose, amidon modifié chimiquement…) ou d’additifs « cosmétiques » (colorants, édulcorants, émulsifiants, exhausteurs de goût…) est un marqueur d’ultra-transformation.

Open Food Facts et NOVA : depuis 2019

En avril 2019, Pierre Slamich, co-fondateur d’Open Food Facts, prenait l’avion pour São Paulo pour rencontrer le Professeur Carlos Monteiro en personne. Un rendez-vous posé à la dernière minute, une traversée de la ville, et le début d’une collaboration qui dure encore aujourd’hui.
Depuis cette date, Open Food Facts calcule et affiche le score NOVA sur tous les produits de sa base de données, aux côtés du Nutri-Score et du Green-Score. Sur le site, dans l’application mobile, et sur la plateforme professionnelle. Ce travail se fait en lien direct avec l’équipe scientifique du Pr. Monteiro : nous soumettons régulièrement nos marqueurs à leur relecture, nous leur fournissons des données, et nous affinons en continu l’algorithme de calcul.
Une base de données au service de la science
Ce n’est pas qu’un affichage. Les données NOVA d’Open Food Facts sont une ressource ouverte, utilisée par des consommateurs, chercheurs, journalistes du monde entier. C’est précisément pour ça qu’Open Food Facts existe sous forme de base de données ouverte et gratuite : pour que la science puisse progresser, que les politiques publiques puissent s’appuyer sur des données réelles, et que chaque citoyen puisse savoir ce qu’il mange.
Plus de 10 études scientifiques ont utilisé la base de données Open Food Facts pour analyser les aliments ultra-transformés, dans des pays aussi différents que la France, le Brésil, l’Espagne ou les États-Unis.
C’est par exemple à partir de nos données qu’une équipe de chercheurs de l’Inserm a pu cartographier, en 2020, la présence et la combinaison de centaines d’additifs alimentaires dans 126 000 produits du marché français, révélant que les aliments ultra-transformés concentrent en moyenne bien plus d’additifs que les autres, et que certains se retrouvent systématiquement associés entre eux. Une étude publiée dans Scientific Reports, la revue du groupe Nature.
Ce que la science dit : les preuves s’accumulent
Et la science avance vite. En novembre 2025, une série de trois articles publiés dans The Lancet a synthétisé les connaissances sur les impacts sanitaires des AUT (aliments ultra-transformés), en s’appuyant notamment sur la cohorte française NutriNet-Santé. Ces travaux montrent des associations significatives entre la consommation d’aliments ultra-transformés et douze problèmes de santé, dont l’obésité et la dépression.
En mai 2026, trois nouvelles études de l’Inserm, supervisées par Mathilde Touvier, directrice de recherche, ont été publiées dans Diabetes Care, European Journal of Epidemiology et European Heart Journal. Elles portent sur les effets d’additifs spécifiques (colorants, conservateurs, antioxydants) sur une cohorte de plus de 100 000 personnes suivies depuis 2009. Les résultats renforcent encore le corpus existant.
Le législateur s’en saisit enfin

Le 28 mai 2026, un colloque consacré aux aliments ultra-transformés s’est tenu à l’Assemblée Nationale, organisé par les députés Loïc Prud’homme et Sabrina Sebaïhi. Pierre Slamich (Open Food Facts) y a participé à une table ronde sur les leviers citoyens et politiques : comment identifier les AUT, quel rôle peuvent jouer les initiatives comme Open Food Facts.
Ce colloque n’est pas un événement isolé. Une proposition de loi est en cours de préparation pour encadrer les aliments ultra-transformés : affichage obligatoire sur les emballages, restriction de la publicité, conditionnement neutre pour les produits NOVA 4. Des mesures comparables à ce qu’on a mis en place pour le tabac, mais appliquées à l’alimentation industrielle.
Nous sommes heureux que cette bataille des idées, portée par des chercheurs, des associations et des citoyens engagés depuis des années, trouve aujourd’hui un écho au niveau législatif.
Vous aussi, vous pouvez agir
Open Food Facts, c’est une base de données collaborative, construite par et pour les citoyens. Chaque scan, chaque photo d’étiquette, chaque correction compte. Plus la base est complète, plus les données sont utiles : pour vous, pour les chercheurs, pour les décideurs.
Scannez vos produits en magasin, découvrez leur groupe NOVA, et contribuez à rendre l’alimentation plus transparente pour tous.
Téléchargez l’application gratuite Open Food Facts et rejoignez les millions de contributeurs dans le monde.

